Madame la commissaire de la concurrence,
La présente vise à vous convaincre de faire en sorte que votre personnel accepte de me rencontrer de nouveau et à vous expliquer la nature de ma participation au crime dont vous m’accusez. Je puis vous assurer que je ne savais pas ce que la compagnie manigançait et que je n’aurais jamais participé volontairement à l’opération de télémarketing si j’avais su qu’elle était illégale. Je vous prie d’essayer de comprendre ma situation et de retirer les accusations portées contre moi. Si elles devaient figurer à mon dossier, cela compromettrait certainement mon avenir.
Il y a deux ans, j’ai commencé à travailler pour une compagnie de fournitures de bureau. Mon travail était assez simple; je devais téléphoner aux entreprises inscrites au registre de la compagnie et leur rappeler que leurs réserves de papier diminuaient. Au téléphone, je devais suivre un script parce qu’on nous demandait de nous en tenir au niveau de langue auquel les comptables et le personnel de bureau étaient habitués.
J’ai demandé à mon ami où la compagnie entreposait ses marchandises puisque nous fonctionnions à partir d’un bureau relativement petit. Il m’a répondu que le patron lui avait autrefois mentionné que les commandes étaient acheminées à l’entrepôt central, à partir duquel on les expédiait par la suite aux clients. Il a ajouté que, pour nous garantir des salaires plus élevés et minimiser les frais d’exploitation, la compagnie louait ses locaux au mois, de sorte qu’il était donc probable que nous ayons à déménager dans de nouveaux locaux plus d’une fois par année.
Quelques mois plus tard, notre bureau a effectivement déménagé, mais je n’y ai rien vu d’alarmant, ayant à l’esprit ce que mon ami m’avait mentionné. Si le loyer des nouveaux locaux est moins cher que celui des anciens, tant mieux. Cela signifiait plus d’argent à la fin du mois.
Puis un jour, notre bureau a fait l’objet d’une descente de police et des membres de vos équipes d’enquête. Je n’ai pas besoin de vous raconter le reste de l’histoire, car vos agents en ont été témoins. Mais je tiens simplement à vous assurer que je ne savais absolument pas que je trempais dans cette combine malhonnête. Il ne m’est vraiment pas venu à l’esprit que la compagnie puisse se livrer à des activités illégales en prétendant être un simple fournisseur de papier et en vendant ses produits au quadruple du prix courant.
En y repensant, je vois qu’il y a bien eu quelques signaux d’alarme, mais rien qui aurait pu m’inciter à croire qu’il y avait anguille sous roche.
Je vous prie de me croire; je ne suis pas un contrevenant et je ne me suis jamais livré à des activités criminelles. Si de telles accusations étaient consignées dans mon dossier, ce serait catastrophique. Je ne pourrais plus faire de demandes d’emplois ou de prêts sans avoir à cocher la petite case figurant à côté de la mention « criminel reconnu ». Mes déplacements seraient limités, et tout mon avenir serait compromis. Tout ce que je souhaitais, c’était finir mes études et commencer ma carrière professionnelle. Maintenant, je n’ai aucune idée de ce qui va m’arriver.
S’il vous est impossible de retirer les accusations qui pèsent contre moi, je vous demande au moins d’envisager de diminuer la peine. Si j’avais su alors ce que je sais aujourd’hui, je n’aurais jamais mis les pieds à cet endroit.
Ne nous laissez pas tous payer pour leurs crimes. Tout ce que je voulais, c’était gagner ma vie.