Bureau de la Concurrence
Les cartels qui se trouvent de l'autre côté de nos frontières
Réception tenue par Simpson Grierson
Wellington, Nouvelle-Zélande
Le
(Seul le texte prononcé fait foi)
Je suis extrêmement heureuse d'être ici en Nouvelle-Zélande et d'avoir l'occasion de prendre la parole devant vous. Et je ne dis pas cela légèrement, car il en faut beaucoup pour me persuader d'échanger ne serait-ce que quelques-unes des semaines de notre été pour les températures plus froides qui tempèrent même ce que Wellington connaît en hiver.
Mais j'estime qu'il y a une très bonne raison sous-tendant ma présence – une raison que vous avez implicitement reconnue dans le sujet que vous m'avez demandé d'aborder ce soir : « Les cartels, au-delà de notre frontière ».
Cette raison est l'intensification de la mondialisation du marché. Et en Nouvelle-Zélande vous savez, peut-être plus que la plupart, que notre prospérité comme nations commerçantes dépend de la vigueur du marché international. Donc, si vous vous préoccupez de ce qui se passe chez vous sur le plan économique, comme c'est le cas pour moi, il est important d'observer l'évolution de la situation à l'étranger.
Or, cela ne peut être plus vrai que dans le domaine du droit et de la politique de la concurrence : au Canada comme en Nouvelle-Zélande, la Loi sur la concurrence (ou la Commerce Act and Fair Trading Act dans votre cas) est un levier clé de la politique économique et son application est essentielle pour la croissance économique nationale.
En fait, je suis d'avis que des voyages dans des endroits comme la Nouvelle-Zélande – qui est littéralement de l'autre côté du globe par rapport au Canada – sont essentiels pour apprendre à connaître de première main les faits importants dans l'évolution de tous les aspects de la politique de la concurrence. Je suis donc ravie d'avoir la possibilité d'être avec vous ce soir à Wellington pour vous faire part de l'expérience du Canada. Ainsi, je peux aussi continuer à renforcer les relations importantes que nous, au Bureau de la concurrence, entretenons avec la Commission du commerce, avec qui nous avons des réunions bilatérales demain. Je suis heureuse de compter Paula Rebstock, Geoff Thorn et Peter Taylor parmi mes amis à l'échelle internationale, et je me réjouis à la perspective d'approfondir notre compréhension mutuelle de nos régimes respectifs, non seulement demain, mais de façon continue.
Ma volonté de laisser nos températures de 30 degrés est aussi influencée par le nouveau rôle que je joue depuis peu comme présidente du Réseau international de la concurrence (RIC).
Ceux d'entre vous qui ne connaissent pas le RIC peuvent penser qu'il ne s'agit là que d'une autre bureaucratie internationale. Mais je puis vous assurer que rien n'est plus éloigné de la vérité, et j'espère que vous me pardonnerez si je prends juste quelques minutes pour décrire cette organisation qui, à mon avis, est un excellent symbole de l'importance croissante de la coopération multilatérale dans la poursuite de tous les aspects de notre travail antitrust.
C'est un symbole formidable pour plusieurs raisons.
Premièrement, il illustre la croissance fulgurante de l'importance du droit et de la politique de la concurrence, en raison en grande partie du nombre croissant d'économies de marché dans les nations partout dans le monde.
Le RIC a été fondé durant l'automne de 2001, avec seulement 16 organismes membres. Il peut maintenant compter sur les efforts volontaires de 100 autorités de la concurrence et d'un nombre plus grand de représentants du secteur privé (ou de conseillers non gouvernementaux) provenant de 88 administrations dans les quatre coins du monde. Cette évolution correspond étroitement à la rapide introduction de lois de la concurrence à l'échelle mondiale, comme le savent ceux d'entre vous qui s'emploient à approuver les fusions internationales. Alors qu'il y a une décennie ou deux on n'en dénombrait qu'une poignée, nous en observons maintenant près de 100.
Notre double objectif témoigne de façon éloquente de l'importance de la coopération multilatérale dans le monde antitrust, alors que nous visons à :
Et nous faisons avancer les choses. Au cours de sa très brève histoire, le RIC a produit un impressionnant nombre de documents visant à faciliter le mouvement vers la convergence internationale des pratiques antitrust et à favoriser l'efficacité de la coopération et de la coordination de l'action des organismes de la concurrence partout dans le monde.
Souvent lorsque je parle de la croissance de la coopération multilatérale, je mentionne les « trois C »1 de l'efficacité de l'application de la concurrence internationale : la coopération, la coordination et la communication. Les trois sont des outils inestimables pour tous les aspects de notre travail antitrust : les cartels, les fusions et l'abus de position dominante.
Mais je vais axer mon propos ici sur notre travail de lutte contre les cartels, non seulement parce que vous me l'avez demandé, mais aussi parce que nous estimons au Canada qu'éradiquer les cartels est notre première priorité antitrust.
Pour revenir aux trois C, encore une fois notre travail au RIC illustre bien la situation.
Coopération
Coordination
Communication
Quels sont donc les outils?
Notre premier outil pour la détection efficace des cartels est notre programme d'immunité – que nous appelons la carte pour « sortir gratuitement de prison ». Permettez-moi de vous dire quelques mots au sujet de l'approche canadienne.
Dans ce domaine, le RIC s'emploie à trouver des moyens de favoriser une convergence accrue en vue de maximiser les avantages de ce puissant outil.
Un proche compagnon de l'immunité, c'est la clémence – ce n'est pas une carte complète pour « sortir gratuitement de prison », mais la capacité d'obtenir une sanction moindre.
Il s'agit là des outils officiels utilisés pour la détection, mais deux autres aspects doivent être pris en considération :
Structurel
Diagnostic
J'estime que nous devrions continuer à déterminer autant de moyens que possible pour détecter les cartels. Le meilleur facteur de dissuasion est la peur de la détection, et nous ne ménagerons pas nos efforts pour améliorer notre capacité à cet égard.
Une fois que nous avons détecté un cartel à l'aide de notre programme d'immunité ou autrement, notre travail n'est pas terminé. En fait, ce n'est que le début de notre enquête. Et dans ce cas aussi, nous disposons d'un ensemble d'outils :
Dans le contexte international, la clé de l'utilisation efficace de ces outils, à mon avis, est encore une fois la vigueur de nos relations internationales.
Coopération
Coordination
Cela étant dit, il existe aussi des mécanismes officiels qui ne sont pas liés à ces relations personnelles, comme les demandes d'aide juridique mutuelle dans le cadre des traités internationaux.
J'ai affirmé précédemment que le meilleur moyen de dissuasion est une détection efficace assortie de conséquences claires pour ceux qui sont détectés. Permettez-moi maintenant de dire quelques mots au sujet de deux autres outils dont nous disposons pour tenter de dissuader le comportement de cartel.
Premièrement, pour dissuader ceux qui pourraient adopter un tel comportement : les entreprises.
Deuxièmement, nous armons ceux qui pourraient être victimes de la fixation des prix, particulièrement dans le domaine du truquage des offres.
Avant que je vous invite à poser des questions, j'aimerais vous entretenir brièvement de la façon dont le gouvernement du Canada aborde la politique de la concurrence.
Mais le projet de loi n'a pas franchi le processus parlementaire avant le déclenchement des élections.
Le gouvernement a annoncé récemment la création d'un Groupe d'étude sur les politiques en matière de concurrence chargé d'examiner les éléments clés de politique de la concurrence et des investissements du Canada à la lumière de l'évolution de l'économie mondiale. Le Groupe d'étude fera rapport au gouvernement d'ici juin 2008. Voici un extrait de son mandat :
« La politique de la concurrence devient plus complexe dans une économie mondiale étant donné que l'activité commerciale se déroule en bonne partie hors des frontières canadiennes et, de ce fait, qu'elle peut être assujettie aux lois de la concurrence d'autres pays. Le Groupe d'étude devra par conséquent déterminer comment notre régime de concurrence pourrait le mieux être adapté dans ce sens. Le Groupe d'étude voudra peut être se pencher sur la façon dont les autres pays s'y prennent pour relever ces défis, cerner les pratiques exemplaires et déterminer comment les adapter au contexte canadien. »
Il me semble donc que j'ai fait le tour de la question. J'ai commencé par expliquer qu'il est important que des organisations comme le Bureau de la concurrence suivent activement l'élaboration des politiques et lois de la concurrence partout dans le monde – au point de quitter l'été pour l'hiver et de me rendre de l'autre côté du globe – et maintenant je termine en montrant que mon propre gouvernement souscrit à ce même avis. Les neufs prochains mois seront occupés chez nous alors que nous nous emploierons à trouver des moyens visant à faire en sorte que le Canada puisse utiliser la politique de la concurrence pour contribuer à assurer notre prospérité sur le marché mondial.
Merci de votre attention.
1 Notes pour une allocution prononcée par Sheridan Scott, Commissaire de la concurrence, Bureau de la concurrence, Perspectives canadiennes sur le rôle de la courtoisie dans l'application des règles de la concurrence à l'heure de la mondialisation. La déférence est-elle de mise? Est-ce là toute la question?, American Bar Association's Section of Antitrust Law, Rencontre du printemps 2006, Washington, DC, 29 mars 2006, disponible en ligne à Perspectives canadiennes sur le rôle de la courtoisie dans l'application des règles de la concurrence à l'heure de la mondialisation