pour
Sheridan Scott
Commissaire de la concurrence
Bureau de la concurrence
Regard sur l'avenir : Les priorités du Bureau pour 2007-2008
Conférence du printemps de l'ABC/AIB
Toronto (Ontario)
3 et
(L'allocution prononcée fait foi)
Depuis que nous nous sommes vus l'an dernier, lors de la réunion annuelle d'automne, j'attends cet événement avec impatience. Évidemment, j'apprécie votre compagnie, mais ce n'est pas la seule raison. Serait-ce parce que cette réunion marque la fin de l'hiver? En partie, mais c'est surtout parce que le printemps est ma saison préférée. C'est un moment de renouvellement, un moment pour regarder devant soi. Et dans ce même esprit de renouveau, vous vous attendez sans doute à ce que je vous parle des activités du Bureau pour l'année à venir.
Rassurez-vous, c'est pour cela que je suis ici.
J'ai atteint une étape dans mon mandat de commissaire où je peux me permettre de regarder le passé pour mieux situer notre orientation future.
Je vous invite donc à faire un petit voyage dans le temps, en juin 2005 - une éternité pour Ottawa! -, alors que je concluais mon discours à la Conférence Insight ( Lettre « C » pour concurrence) :
" Et les entraves à la concurrence ne constituent pas pour notre économie une recette heureuse mais une recette pour une performance médiocre et une stagnation. C'est pourquoi le Canada a besoin d'une politique de la concurrence et d'une mise en application de la loi efficaces et vigoureuses à l'intérieur de nos propres marchés. Il nous faut donc veiller sans cesse sur les moyens d'assurer que les politiques gouvernementales contribuent au bon fonctionnement du marché plutôt qu'à en freiner les forces. Les efforts internationaux du Bureau de la concurrence, concentrés sur la coopération, la coordination et la convergence, vont assurer que les Canadiennes, les Canadiens et les entreprises canadiennes peuvent aujourd'hui et demain tirer profit des marchés concurrentiels au pays et à l'étranger."Au cours des deux dernières années, j'ai souvent parlé d'une mise en application de la loi efficace, de l'importance d'un contexte économique qui favorise la concurrence et de nos efforts à l'échelle internationale pour accroître la concurrence partout dans le monde.
Ces trois thèmes forment la base ou les piliers, si vous préférez, de nos activités visant à faire en sorte que la concurrence sur les marchés canadiens demeure vigoureuse et efficace. Et comme vous le savez sans doute, c'est cette concurrence qui est le moteur de la compétitivité et de la prospérité du Canada à l'échelle mondiale.
Aujourd'hui, je veux me pencher sur ce qui s'est produit dans ces trois secteurs. Et dans chaque cas, je vous parlerai de nos priorités pour l'avenir, que vous retrouverez affichées dans le site Internet du Bureau.
Je tenterai également de ne pas oublier les propos de Robin Williams : « Le printemps, c'est un peu la façon qu'a mère Nature de nous dire, faites la fête! ». J'ai bien l'intention de ne pas trop m'éterniser pour vous laisser profiter de la belle saison.
Alors, passons aux choses sérieuses. Je m'attarderai au premier pilier de nos activités, lequel, je crois, vous intéresse le plus : la mise en application de la loi.
Même si notre travail de défense de la concurrence fait couler plus d'encre, et même si nos interventions sur la scène mondiale semblent plus éclatantes, la raison d'être du Bureau de la concurrence est, et doit demeurer, l'application de la loi.
Chaque année, le printemps annonce le renouveau mais, au Bureau, le renouveau est un processus continu. Nous recherchons sans relâche des façons d'être plus efficaces, plus efficients, d'alléger le fardeau de la conformité pour les entreprises et de dissiper leurs incertitudes. Comme l'a dit Kevin Lynch, le greffier du Conseil privé, dans un discours récent : « Le renouvellement est donc, et doit être, un processus continu. Dans un monde en constante évolution, il faut s'assurer que les efforts que déploie la fonction publique canadienne pour répondre aux réalités et aux impératifs changeants auxquels elle fait face en tant qu'institution nationale soient toujours axés sur l'excellence 1. »
Au Bureau de la concurrence, nous acceptons pleinement le défi qu'il décrit pour l'ensemble de la fonction publique.
Je ne commencerai pas à énumérer toutes les mesures que nous avons prises, mais quelques exemples bien choisis vous permettront de mieux comprendre ce que nous avons accompli.
Je débuterai donc avec un secteur où nous, comme la plupart des organismes antitrust, concentrons nos efforts: les cartels.
Les cartels sont un fléau dans tous les marchés. Ils méritent que nous leur accordions notre plus grande attention, et certainement, ils l'auront.
Il n'y a rien de nouveau à ce chapitre. Je l'ai répété chaque fois que j'en ai eu l'occasion. Et pourtant… Pour des raisons inconnues, il existe un mythe selon lequel le Bureau commence à faire preuve de laxisme à l'égard des cartels internationaux, un mythe de toute évidence alimenté par notre décision d'allouer des ressources supplémentaires à la lutte contre les cartels nationaux.
Aujourd'hui, je voudrais profiter de l'occasion pour dissiper ce mythe. Nous n'avons pas l'intention d'abandonner notre lutte contre les cartels internationaux. Comment le pourrions-nous? Les marchés se mondialisent de plus en plus. Les entreprises et les consommateurs canadiens dépendent de plus en plus des produits issus de chaînes d'approvisionnement qui s'étendent sur plusieurs continents et dans plusieurs industries. Et les cartels présents dans tous les maillons de cette chaîne s'immiscent jusque dans nos portefeuilles.
Simplement dit, nous allons nous attaquer aux grands cartels internationaux. Et nous allons le faire avec de nouvelles approches qui tiennent compte des réalités changeantes sur la scène internationale.
La coopération internationale entre les agences de mise en application de la loi est maintenant devenue une procédure normale. Nos pratiques et politiques de mise en application, incluant en ce qui a trait à notre programme d'immunité, reflètent une collaboration internationale étroite et une convergence croissante dans la mise en application de la loi contre les cartels. Nous abordons la mise en application sur plusieurs fronts à la fois, soit de façon bilatérale, par l'Organisation de coopération et de développement économique (l'OCDE) et aussi par le Réseau de concurrence international (RCI).
Les participants à un cartel demandant l'immunité frappe habituellement à la porte de Washington en premier lieu. La Communauté européenne, le Canada et d'autres juridictions sont aussi approchés par ces participants en vue de s'assurer de recevoir l'immunité. Nous reconnaissons qu'il est parfois difficile pour les demandeurs de rencontrer les obligations imposées par chaque juridiction. Nous collaborons avec les demandeurs et avec nos partenaires de mise en application de la loi afin de faire concorder nos demandes, par exemple, en planifiant les présentations de la preuve et les entrevues des témoins de manière consécutive.
Et nous chercherons d'autres façons créatives d'utiliser tous nos pouvoirs pour participer à ce qui doit être un effort international concerté. À cet égard, je continuerai d'étudier le principe de la courtoisie dans la lutte contre les cartels internationaux.
Bien sûr, nous ne serons pas partout. Il est évident que nous traitons plusieurs dossiers, vous n'avez qu'à voir le courant ininterrompu de nouveaux demandeurs d'immunité. Mais, nous ne sommes pas des chasseurs de primes. Nous agirons seulement là et quand cela aura un impact pour les Canadiens.
Alors, lorsque je dit que les cartels nationaux demeurent l'une de nos priorités pour la prochaine année, et ils le sont, n'oubliez pas de jeter un coup d'oeil au-dessus de votre épaule internationale. Nos secteurs prioritaires ne limitent pas nos activités. Cela signifie que nous portons une attention plus particulière là où nous voulons être plus efficace.
Et ceci est précisément ce que nous voulons faire pour combattre les cartels nationaux. Voici pourquoi nous déployons nos ressources plus près des « scènes des crimes », soit dans les bureaux régionaux d'un bout à l'autre du Canada. Nous développons nos techniques d'enquête, établissons de solides contacts à l'échelle locale et menons des activités de sensibilisation. Au cours de la dernière année, nos bureaux régionaux ont organisé 50 colloques sur la façon de déceler et de prévenir le truquage d'offres.
Les résultats génèrent non seulement une plus grande sensibilisation à ces crimes économiques graves, il génèrent aussi un plus grand nombre d'enquêtes et de plaintes dirigées et traitées par le personnel de mise en application de la loi de nos bureaux régionaux. En plus d'augmenter notre présence et notre capacité de mise en application de la loi, nous tissons des liens avec d'autres agences de mise en application de la loi dans ces mêmes régions.
Voici un exemple typique. Comme l'ont rapporté les médias au cours de la dernière année, le Bureau mène actuellement plusieurs enquêtes nationales sur des complots, notamment sur des allégations de fixation des prix parmi les exploitants de stations-service dans plusieurs marchés locaux au Québec, et sur un boycottage allégué de Go Travel Direct, un voyagiste dans Internet. Également, au cours de la dernière année, nous avons obtenu des ordonnances d'interdiction au terme de notre enquête sur la fixation des prix entre plusieurs ateliers de carrosserie à Fort McMurray, en Alberta, ainsi que dans le dossier concernant la maison de vente aux enchères Sothebys. Je tiens également à mentionner que le procureur général a interjeté appel de la décision de ne pas citer l'accusé à procès dans l'affaire des taxis de St. John's.
Le retour du pendule n'est pas très grand entre les cartels internationaux et nationaux. Rappelez-vous que notre approche en est une de calibrage, d'ajustement aux circonstances présentes visant à nous rendre plus efficace et efficient au profit de tous les canadiens.
Maintenant que j'ai bien dissipé le mythe relatif aux cartels, je m'attaquerai à celui concernant la fraude par marketing de masse.
Au cours des dernières années, le Bureau a déployé des efforts concertés pour s'attaquer à la fraude sur le marché, en mettant particulièrement l'accent sur la fraude par marketing de masse qui nuit aux marchés en pleine expansion des transactions électroniques et des envois postaux.
Alors que nos efforts se sont multipliés, on m'a souvent demandé ce que le Bureau de la concurrence a à voir avec la fraude : ne serait-il pas mieux de laisser ceci entre les mains des policiers. Voilà un autre mythe qu'il est grand temps de dissiper.
En fait, je comprends d'où provient la confusion dans ce cas précis : il est vrai que la police a un rôle important à jouer afin de lutter contre la fraude. Nous aussi.
Notre travail est d'encourager la concurrence. Notre travail est d'appuyer le bon fonctionnement du marché. La concurrence et le bon fonctionnement du marché entraînent des avantages directs pour tous les Canadiens. Mais les marchés ne peuvent bien fonctionner lorsque les consommateurs n'ont plus confiance en eux. Et, ceci est précisément ce que la fraude mine.
Si Adam Smith était encore vivant aujourd'hui, il serait certainement très vieux, mais il aurait sans doute dit : nous ne pouvons, et nous ne devons, permettre à la main invisible d'être guidée par les actions criminelles des fraudeurs.
Ce n'est certainement rien de neuf pour bon nombre d'entre vous. Et ce n'est rien de neuf non plus pour les autres organismes de la concurrence. Tim Muris, lorsqu'il était président de la Federal Trade Commission, a mentionné en 2002 que la fraude constituait une grave menace pour le bon fonctionnement des marchés à travers le monde. 2
Il a aussi ajouté que le combat contre la fraude est l'endroit où nous devons commencer si nous voulons développer une approche internationale de mise en application de la loi en ce qui a trait à l'information trompeuse dans le marché. Ceci dérive du fait que certaines escroqueries s'attireront sans aucun doute des condamnations exemplaires par d'autres organismes chargés de l'application de la loi sur la concurrence semblable à celles que reçoivent les participants aux cartels.
De toute évidence, nous sommes d'accord. Et, en partenariat avec d'autres organismes chargés de l'application de la loi au Canada et à l'échelle internationale, nous, au Bureau de la concurrence, avons fait de la fraude par marketing de masse l'une de nos grandes priorités. L'une où nous avons eu beaucoup de succès. Nous étions particulièrement heureux de la décision de la Cour d'appel de l'Ontario dans le dossier Benlolo qui a souligné la nature criminelle des infractions et a précisé qu'une sentence de prison peut être appropriée pour les crimes perpétrés par un col blanc. Tout comme dans le dossier du papier fin l'an dernier, la Cour a souligné que les amendes devraient être au-delà du simple coût de faire affaire.
Si vous n'avez pas encore découvert cette fonction dans notre site Web, vous pouvez suivre ces développements dans la section droit et litige.
Évidemment, ce secteur continuera d'être une priorité au cours de la prochaine année. Nous mettrons l'accent sur les fraudes qui exploitent les Canadiens.
Nous continuons aussi nos efforts dans le marché électronique. Même si certains éléments importants de ce marché - courriel et l'Internet - peuvent être vus comme de simples remplaçants au courrier ou au téléphone utilisés pour la distribution de messages de fraude par marketing de masse, nous croyons qu'il mérite une attention particulière à cause du rôle grandissant que le marché électronique joue dans la croissance économique.
Au cours de la dernière année, nous avons nettement amélioré notre capacité à découvrir des indications fausses ou trompeuses en utilisant un logiciel intelligent spécialisé qui balaie l'Internet et aide à identifier où se retrouvent les indications fausses ou trompeuses à plus haut risque pour les consommateurs. Je suis heureuse de vous dire que l'on continuera le travail de développement au cours de la prochaine année, dans le but de continuer l'amélioration de l'efficacité de cet outil.
Je passerai maintenant des cartels et de la fraude par marketing de masse à quelque chose de complètement différent, mais certes pas dans le sens de la phrase de Monty Python.
Les cartels et la fraude par marketing de masse sont deux de nos priorités, et ce, pour de bonnes raisons : l'on ne peut tout simplement pas leur prêter de vertus pro-concurrentielles. Voilà pourquoi nous nous attaquerons agressivement à ces deux priorités avec toutes les armes à notre disposition - de l'éducation des consommateurs aux procédures criminelles.
La situation est beaucoup plus nuancée en ce qui a trait aux deux autres secteurs - les fusions et l'abus de position dominante - où nous avons aussi identifié des activités prioritaires pour l'année qui vient.
Les activités commerciales visées par ces deux dispositions de la Loi peuvent contribuer à accroître l'efficience et la concurrence, mais elles peuvent aussi parfois y faire obstruction. Notre défi est donc de nous assurer que tout en faisant obstacle aux fusions et aux pratiques commerciales anticoncurrentielles, nous n'imposons pas un fardeau abusif aux transactions positives.
À cet égard, nos efforts comportent plusieurs volets. Premièrement, nous nous assurons que notre travail est à la fois transparent et compréhensible pour les entreprises, plus particulièrement dans les secteurs où les entreprises désirent le plus de certitude possible dans le but de poursuivre des activités pro-concurrentielles. Nous publions des documents d'information étayant nos décisions afin que tous comprennent bien les motifs qui les ont justifiées. Cela devrait aider les entreprises à prévoir nos prochaines réactions. Nous publions aussi des lignes directrices sur la Loi et tentons de nous assurer que notre interprétation de la Loi est claire. Encore une fois, cela devrait faciliter les décisions des entreprises et accroître leur confiance à l'égard des nouvelles pratiques que nous voulons mettre de l'avant.
Cette année, nous avons publié un bulletin technique sur les activités "réglementées", un bulletin d'information sur les mesures correctives en matière de fusions, un ébauche du bulletin d'information sur les dispositions en matière d'abus de position dominante dans l'industrie des télécommunications, ainsi qu'une demie douzaine de fiches d'informations techniques. Et, parmi les bulletins que nous prévoyons publier sous peu, mentionnons l'ébauche révisée des Lignes directrices pour l'application de la Loi : Prix d'évictions , l'ébauche du Bulletin sur les programmes de conformité des entreprises et le Bulletin sur la confidentialité.
Ceci fait partie de notre travail prioritaire pour cette année, et ce, dans le but de clarifier les principes clés de mise en application des fusions et des provisions civiles de la loi. Grâce à cette information, les entreprises devraient être rassurées et les marchés plus concurrentiels. Nous espérons également être moins souvent appelés à prendre des mesures d'application de la loi. Tous ces efforts sont conformes à l'éventail des activités que nous menons pour aider les entreprises à se conformer à la Loi , sans brimer de façon indue les forces créatives essentielles sur un marché concurrentiel, qui sont aussi essentielles pour l'avenir du Canada.
Le travail prioritaire que nous avons fait dans ces secteurs est compatible avec les principes directeurs de transparence et de prévisibilité du Bureau. Et puisque je suis d'humeur à dissiper les mythes, je me risquerai l'observation suivante : nous continuons d'avoir du succès en ce qui a trait à notre troisième principe directeur - le respect des délais.
Nous savons que dans cette nouvelle ère d'économie mondiale, les entreprises s'inquiètent de plus en plus des délais - et nous aussi. C'est pourquoi nous travaillons avec acharnement afin de compléter les enquêtes le plus rapidement possible, en tenant compte de nos obligations et de nos responsabilités en vertu de notre mandat. Nous sommes fiers de nos résultats. Au cours des cinq dernières années, nous avons terminé 90% des avis de notifications de fusions en moins de dix jours et l'autre 10% en moins de huit semaines. Cette moyenne comprend un petit groupe - 1-3% des dossiers dépendant de l'année - où les enquêtes étaient plus complexes et ont demandé plus de temps.
Les entreprises sont libres de conclure la transaction après la période d'attente statutaire de quarante-deux jours. Cependant, ceci ne veut pas dire que la transaction a reçu l'approbation du Bureau. Les parties d'une transaction complexe ou très complexe préfèrent habituellement attendre, plutôt que d'encourir le risque que le Bureau, à l'intérieur de la limite de temps statutaire, conteste la transaction.
Vous pouvez donc être rassurés que nous travaillons consciencieusement, que nous sommes sensibles aux délais que le marché, une affaire particulière ou la structure d'une transaction vous imposent. Nous avons toujours été enchantés de la coopération des parties à une transaction, ceci facilite notre habileté à travailler rapidement, et selon ce que plusieurs parmi vous m'avez laissé entendre, cela va continuer.
Je me pencherai maintenant sur le deuxième pilier de nos activités, la promotion de la concurrence. En 2005, dans mon discours auquel j'ai fait référence plus tôt, j'ai cité Henry David Thoreau, qui mentionnait ce qui suit :
« Les échanges commerciaux, s'ils n'étaient pas faits en caoutchouc comme un ballon, n'arriveraient jamais à bondir au-dessus des obstacles que les législateurs dressent continuellement sur leur chemin. »
Notre travail consiste à cerner ces obstacles et, si possible, à les atténuer ou à les éliminer.
Laissez-moi brièvement revenir sur notre liste de priorités qui reste essentiellement la même que l'an dernier.
Je veux attirer votre attention aujourd'hui sur un secteur en particulier : les télécommunications. Comme vous le savez sans doute, le gouverneur en conseil a récemment émis une directive de modification à l'intention du CRTC pour accélérer la déréglementation sur le marché des lignes terrestres. Compte tenu de la concentration sur ce marché et de l'expansion rapide du rôle que le Bureau pourrait être appelé à jouer, nous avons demandé et obtenu, des ressources supplémentaires pour traiter les plaintes en matière de concurrence qui pourraient survenir pendant la période d'adaptation de l'industrie à sa nouvelle marge de manoeuvre. Bien sûr, nous ne savons pas dans quelle mesure nous en ferons usage, et j'espère que les acteurs de l'industrie reconnaîtront et respecteront les limites des pratiques acceptables. Sinon, nous interviendrons au besoin. Ceci veut dire que la promotion de la concurrence dans ce secteur passe rapidement du côté de la mise en application de la loi de notre mandat, et ce, même s'il reste encore quelques instances dans ce secteur où nous avons l'intention d'intervenir devant le CRTC.
Nous poursuivons également notre étude de la concurrence dans les professions réglementées, y compris la vôtre. J'aimerais porter à votre attention un récent rapport 3 de l'Organisation de coopération et de développement économique qui suggère que la réglementation des services professionnels au Canada est beaucoup trop restrictive et identifie ce fait comme étant un des cinq principes prioritaires qui vraisemblablement fera hausser la croissance du PIB par capita au Canada dans l'avenir.
Notre étude sur les professions devrait être publiée cet automne. Nous consulterons des membres de chaque profession étudiée au cours du prochain mois afin de leur demander de commenter notre résumé de la réglementation.
Nous continuons nos efforts de promotion de la concurrence dans le secteur de la santé, nous nous penchons sur le dossier des médicaments génériques, dont les prix au Canada semblent élevés par rapport aux normes internationales. Nous prévoyons publier un document préliminaire d'une étude dans ce secteur afin de recueillir des commentaires à la fin du printemps, et finaliser le rapport à l'automne.
Dans un ordre d'idées plus général, nous continuons de travailler à une approche qui permettra aux ministères d'évaluer et de limiter les répercussions sur la concurrence de leurs lois sur les marchés canadiens. En effet, il me fait plaisir de vous annoncer qu'Industrie Canada a institué un projet pilote "angle de la concurrence" ou "évaluation de la concurrence" dont je vous ai parlé plusieurs fois.
Et chaque fois que je parle de notre rôle de promotion de la concurrence, je mentionne aussi que nous respectons les objectifs légitimes sur les plans social, culturel, de la santé et de la sécurité que les gouvernements s'emploient à atteindre. Mais nous voulons nous assurer que dans la poursuite de ces objectifs, les entraves à la concurrence sont reconnues et réduites à leur plus simple expression. En d'autres mots, nous voulons éliminer le plus possible les obstacles dont parle Thoreau.
Et limiter ces obstacles, tout en maintenant et en accroissant la concurrence à l'échelle mondiale est un objectif essentiel de notre travail international, le troisième pilier de notre mandat. Au fur et à mesure que les entreprises se mondialisent, elles bénéficieront de plus en plus de l'adoption de saines politiques sur la concurrence dans de nombreux pays qui n'en sont pas encore au même stade de développement et d'une application améliorée et plus cohérente de ces politiques à leurs opérations internationales.
Notre travail sur le plan international peut faire avancer ces deux objectifs. Il nous permet de connaître et de démontrer des pratiques exemplaires en ce qui concerne l'application des lois sur la concurrence. Il nous permet de chercher de meilleures façons de mettre ces lois en application à l'échelle internationale, dans un contexte commercial de plus en plus mondialisé. Et il favorise la diffusion des principes et des lois de la concurrence dans les économies émergentes qui seront appelées à jouer un rôle essentiel dans la croissance internationale au cours des années à venir.
Malgré l'importance de ce travail, je serai brève aujourd'hui. En ce qui a trait au Réseau international de la concurrence (RIC), vous pourrez facilement prendre connaissance de nos travaux à ce jour et de nos plans pour l'avenir à l'adresse suivante : ( Et dans un récent article que j'ai publié à titre de présidente du Comité directeur du RIC dans la revue Global Competition Review, dont vous savourez, nul doute, un extrait chaque soir avant de vous coucher, je présente également un bon aperçu de nos réalisations et de l'orientation que nous souhaitons prendre pour les années à venir. Même si nous pourrions discuter longuement de ces deux sujets, je vas simplement dire que je suis très excitée de notre travail sur les conduites unilatérales. Je suis aussi fière de notre focus renouvelé sur l'exécution et sur la recherche de nouvelles façons de communiquer nos messages à nos intervenants.
En ce qui a trait à l'OCDE, nous collaborons à de nombreux comités qui examinent des dossiers ayant trait notamment aux restrictions dans la profession juridique, à la façon de mieux conseiller les entreprises au sujet des normes d'application et des cas des sociétés uniques, des gains touchant l'efficience dynamique dans l'analyse des fusions et de l'examen a posteriori des fusions.
Le Working Party on Enforcement and Cooperation (groupe de travail sur l'application de la loi et la coopération) sous la tutelle compétente de Tom Barnett, tiendra également une table ronde sur les pratiques que les organismes membres et les observateurs trouvent utiles dans la coordination de l'application des lois internationales antitrust, et la coopération dans ce domaine.
Après tout ce que je viens de vous dire, vous avez sans doute l'impression que nous avons énormément de pain sur la planche; c'est effectivement le cas. Et nous accomplissons aussi beaucoup de choses dans de nombreux autres domaines.
Le mérite en revient à tout le personnel du Bureau. Je suis fière de cette grande équipe, du professionnalisme, de l'enthousiasme et du dévouement dont elle fait preuve pour faire du Bureau un lieu où il fait bon travailler.
Nous sommes tous motivés par l'importance de notre travail. Je vous laisse avec ces commentaires de Pierre Karl Péladeau prononcés devant le Canadian Club d'Ottawa en avril dernier. Il résume bien l'importance de la concurrence :
"Notre culture d'entreprise repose fondamentalement sur le levier de la concurrence, car nous croyons que c'est là la meilleure façon d'innover, d'offrir de meilleurs services à la population et de créer de la richesse. De la richesse pour nos millions d'actionnaires, de la richesse pour nos dizaines de milliers d'employés, de la richesse pour notre collectivité, de la richesse pour notre pays" 4
Je suis d'accord.
Maintenant, il ne reste plus qu'à voir si Robin Williams avait raison!
1 Allocution du greffier du Conseil privé et secrétaire du Cabinet présentée à l'École administration publique de l'Université Carleton, le 9 mars 2007.
2 Timothy J. Muris, Chairman, Federal Trade Commission, The Interface of Competition and Consumer Protection (Fordham, New York City, October 31, 2002) à la page 23, disponible dans <http://www.ftc.gov/speeches/muris/021031fordham.pdf>
3 OCD, Reform economics : Object if croissance 2007
4 Notes d'une allocution prononcée par Pierre Karl Péladeau, président et directeur général, Quebecor : Canadian Club of Canada, le 17 avril 2007.